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Terme adverbial, qu'on dit en ces phrases, Chanter à livre ouvert, sans avoir estudié, ni concerté la notte. Expliquer un Auteur à livre ouvert, c'est à dire, sans glose, sans commentaire.

LIVRE, se dit proverbialement en ces phrases. On appelle le Livre des Rois, un jeu de cartes. On dit, Je viendray à bout de cette affaire, ou je brusleray mes Livres. On dit aussi, qu'un homme parle comme un Livre, quand il parle bien, ou quand il affecte de paroistre sçavant.

On dit aussi, qu'il faut fermer le Livre, quand on a dit tout ce qu'on pouvoit dire sur quelque sujet. On dit aussi qu'un homme est escrit sur le Livre rouge, quand il est notté envers un Superieur auquel il a fait quelque desplaisir, qui n'attend que l'occasion de s'en vanger.

LIVRE, est aussi un terme de compte, & se prend en France pour vingt sols, qui est la valeur d'une monnoye qu'on appelloit autrefois franc, & qui est demeurée son synonyme. En Angleterre les livres sterling valent 13. à 14. francs, & dans les livres des Marchands Anglois, dix livres. La livre Parisis vaut vingt-cinq sous. elle augmente du quart en sus les livres tournois. L'Arithmetique apprend à calculer les livres, les sous & les deniers, à reduire les sous en livres, & les livres en sous. Une tonne d'or est estimée cent mille livres en Hollande. Un million de livres, c'est le tiers d'un million d'or.

On dit au Palais, que les Creanciers seront payez au sou la livre, au marc la livre, quand ils sont colloquez à proportion de leur deu sur des effets mobiliaires, ce qu'on appelle par contribution ; ou lors qu'en matiere hypothecaire ils sont en concurrence ou égalité de privilege, & qu'il y a manque de fonds ; ou encore lors qu'en matiere de banqueroute ou de deconfiture, il faut qu'ils souffrent & partagent la perte totale, chacun en particulier aussi à proportion de son deu.

En termes de Marine, on dit livre à livre, au lieu de dire, au sol la livre.

Les Romains avoient aussi une espece de monnoye qu'ils appelloient libra ou libella, qui faisoit la dixiéme partie du denier, à cause qu'elle valoit un as, qui au commencement pesoit une livre de cuivre ; & Scaliger adjouste, qu'ils se servoient aussi du mot de livre pour une monnoye de compte. libra non erat nummus, sed collectio nummorum. L'origine de ce mot vient de ce qu'anciennement, chez les François la livre estoit un poids sur lequel ils regloient la taille de leur monnoye ; & cette taille fut arrestée de vingt sous à la livre. Ensuitte elle devint livre de compte, desorte que tout ce qui valoit 20. sous estoit nommé livre. Dés le temps de Charlemagne les marchez & les contrats ont esté faits sur le pied de cette monnoye imaginaire, quoy que les sous ayent changé de poids & d'aloy. Depuis on fabriqua des pieces d'or qui valoient 20. sols ; & sous Henry III. en 1575. des especes d'argent de pareille valeur. L'un & l'autre furent nommez francs : & ainsi cette monnoye imaginaire devint reelle.

On dit proverbialement en ce sens, qu'un homme fait de cent sous quatre livres, & de quatre livres rien, lors qu'il perd sur les ventes & achats de ses marchandises, ou qu'il se ruine en pensant faire le bon mesnager.

LIVRE, est aussi une mesure du poids des corps graves qu'on pese, qui est differente selon les lieux. Celle d'Avignon, de Provence & de Languedoc est de 13. onces. La livre de Paris est de 16. onces, celle de Medecine de 12. Celle des Romains estoit aussi de 12. onces. Chaque once est divisée en huit drachmes ou gros, la drachme en trois scrupules ou deniers, & le scrupule en 24. grains. De sorte que la livre de Paris contient 9216. grains. Dans les lieux bien policez on vend toutes choses à la livre, jusques au bois, au charbon, au vin, au poisson. Les balles de mousquet doivent estre de vingt à la livre. Les canons de batterie portent depuis 24. jusqu'à 36. livres de boulet : ce canon pese ordinairement six milliers ou 6000. livres, & l'affust autant. On a mis six quintaux de poudre pour faire joüer ce fourneau, c'est à dire, 600. livres. Les Romains avoient une livre ponderale, & une livre mensurale pour les longueurs. La livre de bled contient, suivant le Pere Mersenne, 13760. grains. Bouterouë a fait de belles Tables des divisions de la livre Romaine, & du rapport à nos grains, & de même de l'as & de ses parties. Ce mot en ce sens vient du Latin libra.

Le poids de la livre fut pris par les Romains des Siciliens, qui le nommoient litra. Les Romains ont changé la prononciation du T en B. On l'appelloit aussi obole, qui estoit la même chose que la livre, comme dit Hesychius. Ce poids fut divisé en onze parties, qu'ils nommoient onkia, d'où ont esté faits les noms de libra & oncia leurs diminutifs. La drachme, le scrupule & l'obole sont aussi des noms Grecs. Bouterouë.

Dans les vieux Titres on appelle une livre de tesmoins, 72. tesmoins ; & une livre d'années, 72 ans, à cause que la livre qu'ils appelloient libra occidua, estoit alors partagée en 72. sols ou monnoyes d'or. Il falloit 72. tesmoins pour condamner un Evêque, suivant un Concile tenu en l'an 320. à Rome ; ce qu'on appelloit libra testium.

Dans les vieux Titres on a appellé aussi livre de terre, un arpent de terre, selon le Pere Sirmond aprés Spelmannus. Mais d'autres pretendent que c'est autant de terre qu'il en falloit pour faire le revenu d'une livre en argent suivant la monnoye du pays qui couroit alors. Dans la basse Latinité on l'appelloit libra, aut librata terrae.

En termes de Mechanique, on reduit l'estimation de toutes les forces mouvantes à la livre. Une livre dans une certaine distance du centre contrepese à cent livres.

On dit aussi, des livres de legereté, quand on enferme de l'air dans des vessies ou des outres, autant qu'il en faut pour contrepeser à un corps qui enfonce dans l'eau, & le tenir en équilibre, ou plus eslevé.